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1893

AIR DE LA PRINCESSE D'ORANGE

Victor HUGO

Viens, ô toi que j'adore. Ton pas est plus joyeux Que le vent des cieux ; Viens, les yeux de l'aurore

Sont divins, mais tes yeux Me regardent mieux. Avril, c'est la jeunesse. Viens, sortons, la maison,

L'enclos, la prison, Le foyer, la sagesse, N'ont jamais eu raison Contre la saison.

Pour peu que tu le veuilles, Nous serons heureux ; vois, L'aube est sur les toits, Et l'eau court sous les feuilles,

Et l'oh entend des voix Du ciel dans les bois. Toutes les douces choses, L'hirondelle au retour

Dans la vieille tour, Les chansons et les roses Et la clarté du jour, Sont faites d'amour.

Aimer, c'est la première Des lois du Dieu clément ; Le bois est charmant ; Et c'est de la lumière ;

Et c'est du firmament Qu'on fait en aimant. Belle, à la mort tout change ; Le ciel s'ouvre, embaumé,

Superbe, enflammé, Et nous dit : viens ! sois ange ! Mais qui n'a pas aimé Le trouve fermé.

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