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1893

À UNE IMMORTELLE

Victor HUGO

Quoi ! vous, gloire, auréole, éblouissement, grâce, Vous qui ne passez pas, vous craignez ce qui passe ? Comment ! vous la beauté céleste, vous craignez, Déesse, la beauté d'en bas ! Vous qui régnez,

Vous redoutez l'éclat éphémère de celles Qu'avril jette et qui sont comme ses étincelles, Qui, comme la verveine et la sauge et le thym, Naissent dans la lueur fuyante du matin,

Embaument un moment les prés et les charmilles, Et qui durent autant que l'aube, étant ses filles ? Vous, jalouse ! de qui ? vous, troublée ! — et pourquoi ? Le jour sans nuit, c'est vous ; l'amour sans fin, c'est toi.

Qui peut-elle envier, celle que tout envie ? Qui donc détrônerait du trône de la vie La beauté ? Qui pourrait saisir ce diamant, Vénus, et l'arracher du front du firmament ?

Sois calme en ton azur. Que t'importe, à toi, flamme, Clarté, splendeur, toujours présente comme une âme, À toi l'enchantement de l'abîme vermeil ; Faite pour le baiser éternel du soleil,

Qu'un rayon en passant sur une fleur se pose ? L'étoile au fond des cieux n'a pas peur de la rose.

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