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1877

A PROPOS DE LA LOI

Victor HUGO

Prêtres, vous complotez de nous sauver, à l'aide Des ténèbres, qui sont en effet le remède Contre l'astre et le jour ; Vous faites l'homme libre au moyen d'une chaîne ;

Vous avez découvert cette vertu, la haine, Le crime étant l'amour. Vous êtes l'innombrable attaquant le sublime ; L'esprit humain, colosse, a pour tête la cime

Des hautes vérités ; Fatalement ce front qui se dresse dans l'ombre Attire à sa clarté le fourmillement sombre Des dogmes irrités.

En vain le grand lion rugit, gronde, extermine ; L'insecte vil s'acharne ; et toujours la vermine Fit tout ce qu'elle put ; Nous méprisons l'immonde essaim qui tourbillonne ;

Nous vous laissons bruire, et contre Babylone Insurger Lilliput. Pas plus qu'on ne verrait sous l'assaut des cloportes Et l'effort des cirons tomber Thèbe aux cent portes

Et Ninive aux cent tours, Pas plus qu'on ne verrait se dissiper le Pinde, Ou l'Olympe, ou l'immense Himalaya de l'Inde Sous un vol de vautour,

On ne verra crouler sous vos battements d'ailes Voltaire et Diderot, ces fermes citadelles, Platon qu'Horace aimait, Et ce vieux Dante ouvert, au fond des cieux qu'il dore,

Sur le noir passé, comme une porte d'aurore Sur un sombre sommet. Ce rocher, ce granit, ce mont, la pyramide, Debout dans l'ouragan sur le sable numide,

Hanté par les esprits, S'aperçoit-il qu'il est, lui l'âpre hiéroglyphe, Insulté par la fiente ou rayé par la griffe De la chauve-souris ?

Non, l'avenir ne peut mourir de vos morsures. Les flèches du matin sont divines et sûres ; Nous vaincrons, nous voyons ! Erreurs, le vrai vous tue ; ô nuit, le jour te vise ;

Et nous ne craignons pas que jamais l'aube épuise Son carquois de rayons. Donc, soyez dédaignés sous la voûte éternelle. L'idéal n'aura pas moins d'aube en sa prunelle

Parce que vous vivrez. La réalité rit et pardonne au mensonge. Quant à moi, je serai satisfait, moi qui songe Devant les cieux sacrés,

Tant que Jeanne sera mon guide sur la terre, Tant que Dieu permettra que j'aie, ô pur mystère ! En mon âpre chemin, Ces deux bonheurs où tient tout l'idéal possible,

Dans l'âme un astre immense, et dans ma main paisible Une petite main.

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