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1893

À PAUL M.

Victor HUGO

Paul, je connais si bien l'autre côté des choses Que toujours je regarde en mes apothéoses La hauteur du rocher d'où je devrai tomber ; Le sort change, — je l'ai subi sans Me courber,

Une femme en squelette, un palais en masure ; Et c'est pourquoi, passant fraternel, je mesure, Souriant et pensif, sans retirer ma main, À l'amour d'aujourd'hui la haine de demain.

Aux éblouissements de l'aube je calcule La morne hostilité qu'aura le crépuscule ; Qui ne fut point haï n'a vécu qu'à demi ; Et, tâchant d'être bon, je laisse, ô mon ami,

Passer l'un après l'autre, en cette ombre où nous sommes, Tous les faux lendemains de la terre et des hommes, Sûr de ce lendemain immense du ciel bleu Qu'on appelle la mort et que j'appelle Dieu.

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