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1893

À OL.

Victor HUGO

Oh dis ! pourquoi toujours regarder sous la terre, Interroger la tombe et chercher dans la nuit ? Et toujours écouter, penché sur une pierre, Comme espérant un bruit ?

T'imagines-tu donc qué ceux que nous pleurâmes Sont là couchés sous l'herbe attentifs à nos pas ? Crois-tu donc que c'est là qu'on retrouve les âmes ? Songeur, ne sais-tu pas

Que Dieu n'a pas voulu, lui qui règne et dispose, Que la flamme restât quand s'éteint le flambeau, Et que l'homme jamais pût mettre quelque chose, Hélas ! dans le tombeau !

Ne sais-tu pas que, l'âme une fois délivrée, Les fosses, dévorant les morts qu'on enfouit, Se remplissent d'une ombre effrayante et sacrée Où tout s'évanouit !

Tu te courbes en vain, dans ta douleur amère, Sur le sépulcre noir plein des jours révolus, Redemandant ta fille, et ton père, et ta mère, Et ceux qui ne sont plus !

Tu te courbes en vain. Ainsi que sous la vague Un plongeur se fatigue à chercher des trésors, Tu tâches d'entrevoir quelque figure vague De ce que font les morts.

Rien ne brille pour toi, sombre tête baissée ; La tombe est morne, et close au regard curieux ; Tu n'as plus un rayon qui luise en ta pensée. Songeur, lève les yeux !

Lève les yeux ! renonce à sonder : la poussière ; Fais envoler ton âme en ce firmament bleu, Regarde dans l'azur, cherche dans la lumière, Et surtout crois en Dieu !

Crois en celui dont tout répète les louanges ! Crois en l'éternité qui nous ouvre les bras ! Appelle le Seigneur, demande-lui tes anges, Et tu les reverras !

Oui, même dès ce monde où pleure ta misère, En élevant toujours ton cœur rempli d'espoir, Sans t'en aller d'ici ; sans qu'il soit Nécessaire De mourir pour les voir,

Parce qu'en méditant la l'Or s'accroît sans cesse, Parce qu'à l'œil croyant le ciel s'ouvre éclairci, Un jour tu t'écrieras tout à coup, plein d'ivresse O mon Dieu ! les voici !

Et tu retrouveras, ô pauvre âme ravie ! Une ombre du bonheur de ton passé joyeux Dans ces fantômes chers, qui charmèrent ta vie Et qui sont dans les cieux !

Comme à l'heure où la plaine au loin se décolore, Quand le soir assombrit le jour pâle et décru, Là-haut, dans la nuée, on peut revoir encore Le soleil disparu.

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