Skip to content
1872

À MADAME PAUL MEURICE

Victor HUGO

Ce que j'ai fait est bien. J'en suis puni. C'est juste. Vous qui, dans l'affreux siège et dans l'épreuve auguste, Fûtes vaillante, calme et charmante, bravant Cette guerre hideuse et ce noir coup de vent,

Belle âme que le ciel fit sœur d'une âme haute, Femme du penseur fier et doux, dont j'étais l'hôte, Vous qui saviez donner appui, porter secours, Aider, lutter, souffrir, et sourire toujours,

Vous voyez ce qui m'est arrivé. Peu de chose. Vous m'avez vu rentrer dans une apothéose, Vous me voyez chassé par l'exécration. En moins d'un an. C'est court. Rome, Athène et Sion

Faisaient ainsi. Paris a les mêmes droits qu'elles. D'autres villes peut-être ont moins de nerfs. Lesquelles ? Il n'en est pas. Prenons le destin comme il est. Épargner Montaigu, c'est blesser Capulet.

Or Capulet étant le plus fort, en abuse. Je suis un malfaiteur et je suis une buse. Soit. On m'insulte, moi qu'hier on acclamait. C'est pour me jeter bas qu'on m'a mis au sommet.

Ce genre de triomphe, est-ce pas ? vaut bien l'autre. J'en atteste, madame, un cœur comme le vôtre, Et vous tous, dont l'esprit n'est jamais obscurci, Vieux proscrits, n'est-ce pas que je vous plais ainsi ?

J'ai défendu le peuple et combattu le prêtre. N'est-ce pas que l'abîme est beau, qu'il est bon d'être Maudit avec Barbès, avec Garibaldi, Et que vous m'aimez mieux lapidé qu'applaudi ?

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
À MADAME PAUL MEURICE · Victor HUGO · Poetry Cove