Oh ! quel que soit le rêve, ou paisible, ou joyeux,
Qui dans l'ombre à cette heure illumine tes yeux,
C'est le bonheur qu'il te signale ;
Loin des bras d'un époux qui n'est encor qu'amant,
Dors tranquille, ma sœur ! passe-la doucement,
Ta dernière nuit virginale !
Dors : nous prierons pour toi, jusqu'à ce beau matin !
Tu devais être à nous, et c'était ton destin,
Et rien ne pouvait t'y soustraire.
Oui, la voix de l'autel va te nommer ma sœur ;
Mais ce n'est que l'écho d'une voix de mon cœur
Qui déjà me nommait ton frère.
Dors, cette nuit encor, d'un sommeil pur et doux !
Demain, serments, transports, caresses d'un époux,
Festins que la joie environne,
Et soupirs inquiets dans ton sein renaissant,
Quand une main fera de ton front rougissant
Tomber la tremblante couronne !
Ah ! puisse dès demain se lever sur tes jours
Un bonheur qui jamais ne s'éclipse, et toujours
Brille, plus beau qu'un rêve même !
Vers le ciel étoilé laisse monter nos vœux.
Dors en paix cette nuit où nous veillons tous deux,
Moi qui te chante, et lui qui t'aime !