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1881

À MA FILLE ADÈLE

Victor HUGO

Tout enfant, tu dormais près de moi, rose et fraîche, Comme un petit Jésus assoupi dans sa crèche ; Ton pur sommeil était si calme et si charmant Que tu n’entendais pas l’oiseau chanter dans l’ombre ;

Moi, pensif, j’aspirais toute la douceur sombre Du mystérieux firmament. Et j’écoutais voler sur ta tête les anges ; Et je te regardais dormir ; et sur tes langes

J’effeuillais des jasmins et des œillets sans bruit ; Et je priais, veillant sur tes paupières closes ; Et mes yeux se mouillaient de pleurs, songeant aux choses Qui nous attendent dans la nuit.

Un jour mon tour viendra de dormir ; et ma couche, Faite d’ombre, sera si morne et si farouche Que je n’entendrai pas non plus chanter l’oiseau ; Et la nuit sera noire ; alors, ô ma colombe,

Larmes, prière et fleurs, tu rendras à ma tombe Ce que j’ai fait pour ton berceau.

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