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1893

À DES RÉGIMENTS DÉCOURAGÉS

Victor HUGO

Ô nos pauvres soldats, oui, vous avez fléchi. Avant que ce Paris sacré soit affranchi, Avant que notre France auguste soit sauvée, Avant que l'aigle ait mis à l'abri sa couvée,

Vous avez dit : A bas la guerre, citoyens ! Et nous, qui, sous la bombe et sous les biscayens, Luttions comme vous, prêts aux plus terribles tâches, Indignés, nous avons crié : Taisez-vous, lâches !

Eh bien, nous eûmes tort, vous êtes des vaillants. Hélas ! pour généraux avoir des chambellans, Et pour chefs des valets et pour maîtres des cuistres, C'est trop, et vous avez subi les jours sinistres.

Au-devant de l'affront vous fûtes envoyés ; Vous avez combattu pour être foudroyés ; Vous vîtes comment croule une gloire détruite, Et vous avez appris le chemin de la fuite,

O douleur ! vous les fils de ceux par qui tonna Austerlitz, et par qui resplendit Iéna ! Ah ! sombres cœurs brisés et qu'emplit l'amertume ! Espérez, ô vaincus ! ce n'est pas la coutume

De la France d'avoir longtemps le front courbé. Après Blenheim, après Rosbach, on est tombé, Mais on s'est relevé par Ulm et par Arcole. Subissez le malheur comme on subit l'école ;

Couvez l'âpre courroux des cœurs humiliés. Soit. Pour un instant, fils de France, vous pliez, Hélas, et vous avez fait un pas en arrière ; Mais vous n'en rentrerez que d'une âme plus fière

Dans notre antique gloire et dans nos vieux chemins. Ils défaillaient aussi, les grands soldats romains ; Et quand César passait, ces mécontents épiques Lui demandaient la paix en abaissant les piques ;

Ce qui n'empêchait pas, pourtant nous l'oublions, Ces hommes de se battre ainsi que des lions, Et les peuples d'avoir pour ces légionnaires Le culte épouvanté qu'on a pour les tonnerres.

Oui, parfois, quand l'élan romain s'interrompit, Les barbares avaient un moment de répit, Et l'on riait de voir s'en retourner aux villes Les vieux hastati las et blancs et les pupilles

Dont le visage à peine avait un blond duvet ; Mais bientôt cette armée en qui Rome vivait Rebouclait sa cuirasse, et rentrait en campagne ; Et partout, en Dacie, en Phrygie, en Espagne,

Les rois se remettaient à trembler, quand le vent Leur apportait le bruit de sa marche en avant.

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