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1872

A CEUX QUI REPARLENT DE FRATERNITÉ

Victor HUGO

Quand nous serons vainqueurs, nous verrons. Montrons-leur, Jusque-là, le dédain qui sied à la douleur. L'œil âprement baissé convient à la défaite. Libre, on était apôtre, esclave, on est prophète ;

Nous sommes garrottés ! Plus de nations sœurs ! Et je prédis l'abîme à nos envahisseurs. C'est la fierté de ceux qu'on a mis à la chaîne De n'avoir désormais d'autre abri que la haine.

Aimer les Allemands ? Cela viendra, le jour Où par droit de victoire on aura droit d'amour. La déclaration de paix n'est jamais hanche De ceux qui, terrassés, n'ont pas pris leur revanche ;

Attendons notre tour de barrer le chemin. Mettons-les sous nos pieds, puis tendons-leur la main. Je ne puis que saigner tant que la France pleure. Ne me parlez donc pas de concorde à cette heure ;

Une fraternité bégayée à demi Et trop tôt, fait hausser l'épaule à l'ennemi ; Et l'offre de donner aux rancunes relâche Qui demain sera digne, aujourd'hui serait lâche.

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