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1853

À CEUX QUI DORMENT

Victor HUGO

Réveillez-vous, assez de honte ! Bravez boulets et biscayens. Il est temps qu'enfin le flot monte, Assez de honte, citoyens !

Troussez les manches de la blouse ; Les hommes de quatre-vingt-douze Affrontaient vingt rois combattants. Brisez vos fers, forcez vos geôles !

Quoi ! vous avez peur de ces drôles Vos pères bravaient les Titans ! Levez-vous ! foudroyez et la horde et le maître ! Vous avez Dieu pour vous et contre vous le prêtre ;

Dieu seul est souverain. Devant lui nul n'est fort et tous sont périssables. Il chasse comme un chien le grand tigre des sables Et le dragon marin ;

Rien qu'en soufflant dessus, comme un oiseau d'un arbre, Il peut faire envoler de leur temple de marbre Les idoles d'airain. Vous n'êtes pas armés ? qu'importe !

Prends ta fourche, prends ton marteau ! Arrache le gond de ta porte, Emplis de pierres ton manteau ! Et poussez le cri d'espérance !

Redevenez la grande France ! Redevenez le grand Paris ! Délivrez, frémissant de rage, Votre pays de l'esclavage,

Votre mémoire du mépris ! Quoi ! faut-il vous citer les royalistes même ? On était grand aux jours de la lutte suprême ! Alors, que voyait-on ?

La bravoure, ajoutant à l'homme une coudée, Était dans les deux camps. N'est-il pas vrai, Vendée, Ô dur pays breton ? Pour vaincre un bastion, pour rompre une muraille,

Pour prendre cent canons vomissant la mitraille, Il suffit d'un bâton ! Si dans ce cloaque on demeure, Si cela dure encore un jour,

Si cela dure encore une heure, Je brise clairon et tambour. Je flétris ces pusillanimes ; Ô vieux peuple des jours sublimes,

Géants à qui nous les mêlions, Je les laisse trembler leurs fièvres, Et je déclare que ces lièvres Ne sont pas vos fils, ô lions !

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