Skip to content
1881

À *******

Victor HUGO

Je me disais : — Cet homme est-il un saltimbanque ? Ne faut-il pas le plaindre ? Est-ce un sens qui lui manque ? Il ne comprend donc pas ? Est-ce un aveugle-né ? Un bègue ? Un sourd ? D’où vient que ce triste obstiné

Méconnaît tout génie et toute gloire, et rampe, Tâchant d’éteindre l’astre et de souffler la lampe, Et déchire, dénigre, insulte, blesse, nuit, Et sur toute clarté va bavant de la nuit ? —

Maintenant je t’ai vu de près, ô misérable ; J’ai vu ton œil, ton dos, ton échine, ton râble, Ton crâne plat, ton ventre odieux ; et du doigt Asmodée a levé le plafond de ton toit ;

Je t’ai vu te traîner, ivre et triste ; et, farouche, Arracher en jouant les ailes d’une mouche. J’ai vu ton rire, hélas ! Je n’ai pas vu tes pleurs. Je t’ai vu haïr l’aube, et marcher sur les fleurs,

Et sans cesse écraser la vie à ton passage ; Et battre les enfants, et cracher au visage De cette fille à qui tu donnes quinze sous ; J’ai vu tes vêtements dans l’ordure dissous ;

J’ai vu ton cœur sans Dieu, ta chambre sans cuvette ; Je t’ai vu t’irriter au chant d’une fauvette, Toujours plisser le front, toujours crisper le poing ; Et j’ai compris pourquoi tu ne comprenais point.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
À ******* · Victor HUGO · Poetry Cove