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1924

Pour Camille Lemonnier

Gaston HEUX

Un culte obscur et doux que ton œuvre consacre, Maître, survit encore à l'exil des grands dieux. Poings crispés sur l'éclair, chair de flamme et de nacre, Aphrodites et vous, Zeus, éclatant aux yeux,

Hermès qui, dans le ciel d'âpres théogonies, Ouvraient et refermaient l'aile de leurs talons, Païennes déités dans l'opprobre bannies, Plus de lueur qui luise à travers vos cils longs.

Comme les bœufs sanglants que l'hécatombe assomme, Troupeaux des Immortels qu'abattent nos mépris, Trop d'humaine détresse enténèbre vos cris, Et l'Homme au fond des cieux, dans ces ombres de l'homme,

Humilie à jamais ses rêves amoindris ! Allaité par la Louve en nourrisson de Rome, Maître, tu nous créas, dans tes labeurs puissants, Un monde encor divin malgré les dieux absents.

Là l'Innocence est nue et sa chair printanière A plus de nudité mêle plus de lumière. Ils renaissent par toi, les matins ruisselants, Monde des premiers jours et des premiers élans

Où le vrai Pan céleste, avant que sur ses lèvres, Le rustique pipeau rythmât le bond des chèvres, Eaux vives des torrents, sève des arbres verts, Était l'hymne vécue errant par l'univers.

Tout s'échappe en chantant d'une source éternelle Tout l'avenir sourit au passé consolé, Et sur les seins puissants de la Nuit maternelle Tremblent les gouttes d'or de son lait étoilé.

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