Des onagres, là-bas, en hordes vagabondes…
Loin des fraîcheurs du puits où la halte s'endort,
Le regret des palmiers cerne d'ombres profondes
Leurs yeux de nostalgie et qu'enfièvre la mort.
Lointaine est l'oasis aux sources parfumées,
Où les fauves rayons pleuvant de l'astre en feu,
Comme une agrafe d'or rattache deux camées,
Joignaient le bleu du ciel aux frissons du flot bleu
Et voici qu'une soif les mord de ses morsures,
Tandis que, les hauteurs en clartés s'épanchant,
Comme une nappe claire, une mer sans murmures,
Le soir en lac moiré transforme le Couchant.
Et d'un élan soudain la horde tout entière,
Sous une ardeur brûlante à troubler la raison,
Tend la lèvre assoiffée à ces flots de lumière
Qu'en leur épuisement fait luire l'horizon.
Mais au gravier bientôt leur narine se froisse,
Et tandis que ce lac déferle sous leurs yeux,
Dans un dernier effort renâclant leur angoisse,
Ils tombent, haletants, les naseaux vers les cieux
Qu'as-tu fait, vain rêveur, de tes candeurs premières
Si tes vœux mal comblés désespèrent ton cri,
Heureux qui s'agenouille aux sources coutumières :
La jeunesse est un flot : tu ne l'as point tari…
L'onde qu'il te fallait idéale et sacrée,
Eût à peine, Esprit pur, désaltéré tes dieux :
La jeunesse s'offrait à ta lèvre enfiévrée…
Et tu te meurs de soif, les lèvres vers les cieux !