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1924

LA MUSE JUVÉNILE

Gaston HEUX

Ma Muse, te voici la paupière baissée, Qu'un rayon trop vermeil de sa flèche a blessée, Et lorsqu'avec respect je te frôle les yeux, Il n'est que mes baisers qui te les closent mieux !

Assez chers sont les temps pour que je m'en souvienne, Où mes doigts, où ta main se fondant à la mienne, Par les sentiers mêlés où, muets, nous passions, Brûlaient du feu secret des mêmes passions !

Ta marche des sommets redoute les approches ?… C'est que ton pied trop frêle ensanglante les roches. Et pour le jeune élan de ses bonds familiers Ton rêve, comme un faon, recherche les halliers.

Toujours je t'ai connu des lèvres sérieuses, Mais jusqu'à tes douleurs restaient mélodieuses, Le rythme malgré toi s'impose à tes sanglots, Et l'astre est dans le soir qui se mêle à tes flots…

Mais rien n'égaie aussi tes prunelles pensives… Viennent les chauds rayons et leurs lèvres lascives, Tu fermes chastement tes yeux étoilés d'or, Et pleines du frisson de leur suprême essor

Tandis qu'ont tressailli tes deux ailes de gaze, Tes regards vont en toi poursuivre leur extase !

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