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1924

La double Vénus

Gaston HEUX

Déesse plutôt que bacchante, Traverse en riant mes aveux ! Ta beauté vierge et provocante Prend le soleil dans tes cheveux

Gloire à toi, merveille lointaine Qui te cambres dans la clarté, En évoquant, douce et hautaine, La chaste enfance d'Astarté !

Mon amour, cette mer sonore, Sait t'exalter comme il te sied… L'extase de ses flots honore La splendeur ferme de ton pied.

Saluée Anadyomène, La gorge en fleurs de deux boutons, Est-ce Vénus que nous ramène Le char de nacre des Tritons ?

L'Aphrodite, c'est toi sans doute Quand sur toi déferle la mer, On devine à travers les gouttes Les transparences de ta chair.

Tes poses ne sont point que tiennes, Tout chez toi trahit la Cypris Qui, sous ses paupières païennes, Endort les aubes de jadis !

Quelle grotte t'a vue éclore ? Où ton calice s'ouvrit-il, O fleur marine d'une flore Vivant sous l'onde son avril ?

Quelle nymphe a vu la première Fuir, pour se poser au hasard, Sous tes cils souples la lumière Enfantine de ton regard ?

Te frôlant aux crêtes des vagues, L'écume aux candides fraîcheurs Éternise en murmures vagues Le baiser de vos deux blancheurs

!Dans ces grêles conques marines Entends, alors que rit dans l'air Le rythme argentin des clarines Au col des troupeaux de la mer,

Entends comme au fond de leur nacre Chantent sans cesse des rumeurs… C'est l'aveu des flots qui te sacre Reine des ondes et des cœurs !…

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