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1924

L'ÉPHÉMÈRE EXIL

Gaston HEUX

Tes pieuses amours, ces tendresses premières Que sevraient de leur vin les voluptés grossières, En gagnant le sentier qui les voue aux exils, Ouvrent aux pleurs secrets les réseaux de leurs cils,

Tandis que leur sein pâle, aux frêles meurtrissures, D'une pourpre sanglante emperle ses blessures. Mais au terne tissu d'un souvenir pâli Le temps mêle toujours les fils clairs de l'oubli

Garde-toi d'enseigner à tes lèvres fanées L'obscur balbutiement des âmes résignées : L'éphémère douleur sied aux brèves amours. ;Regarde, à l'Orient parfumé de tes jours,

Ta jeunesse entraîner par ses routes fleuries, Les groupes enlacés des folles théories : D'autres jours t'ont promis à d'autres voluptés, Et pour l'embrasement de tes sens exaltés,

Des vierges déploieront, en poses enivrées, Les hymnes ondoyants de leurs formes nacrées ! Oh ! que celle, du moins, attarde ton désir De qui la lèvre est neuve aux langueurs du plaisir

Et dont la jeune grâce est reine entre les reines. Comme au ruissellement des aurores sereines, Sous les brouillards pourprés et tièdes des matins Glissent, en bleus replis, des ruisseaux incertains,

Sous la rose impudeur de sa chair veloutée S'égare le frisson d'une veine bleutée ! Premier éveil du cœur, aurore de nos cieux ! Ton reflet ébloui traîne enfin dans ses yeux.

A sa lèvre où déjà flotte une tendre extase Voluptueusement son haleine s'embrase, Et, dans l'hymne charnel où rit leur thème clair, Court l'arabesque d'or des strophes de sa chair !

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