Au cœur stérile de la vasque, Merveille d'un clos écarté, Un grand lys d'onde et de clarté Improvise son jet fantasque
Tandis qu'il hausse par les airs Sa transparence essentielle, Tant de ciel s'éparpille en elle Qu'on s'en explique les éclairs !
Le vent mouillé qui l'évapore Répand son bruit comme un parfum Et dispersant un vague embrun, Prodigue ce pollen sonore.
La grâce aride du jardin S'humecte à sa poussière osée ; Cœurs secrets sevrés de rosée, Les fleurs s'y fécondent soudain…
Toute sveltesse s'en inspire… Tout élan refait son essor. Et l'enchantement du décor Se glisse en riant dans son rire.
—Ah ! jet d'eau de trouble conseil Qui me veux épars dans ta joie, Quelqu'un déjà danse et tournoie Dans ton mirage de soleil…
Prompte et nerveuse court la sphère Tendue à ta cime ou plongeant, Court la cible de faux argent Qu'un plomb fatal prouve de verre.
Et l'esprit qu'un charme abusa, Rentré dans sa mélancolie, Entoure de fous sa folie Et fait signe à Gastibelza !
Je revis ton sens nostalgique Au faîte d'un rêve trop beau, Où mon être, — pour quel jet d'eau ? Figure la cible tragique…
Ainsi dans l'oubli de son sort, (Des yeux vides béant sur elle) Ma chair dans mon âme immortelle Tente l'adresse de la Mort !
Au parc intime dont les roses Effeuillent, autour d'un bassin, Leurs grâces de fleurs sur les poses Qu'exaspère un Triton d'airain,
Mon rêve attardé se parfume, Au bord d'un océan de fleurs Qui, comme un gouffre son écume, Lui jette l'embrun des senteurs…
C'est un parc autour de mes doutes, Un clos d'amour et de soleil Où mon cœur, pourtant aux écoutes, Se refuse au tendre conseil…
Oui ! feuilles de l'arbre sonore, Dont tant de sens charge le bruit, Vous qui redites dans l'aurore Tant d'aveux appris de la nuit,
Une secrète et chaste idylle Entre des fantômes d'amants, Échange, grave et puérile, L'éternité dans leurs serments.
Et vos baisers, je le soupçonne, Lèvres d'or prêtes à pâmer, O feuilles au seuil de l'automne, M'intiment des ordres d'aimer !
Mais, trahi des roses mortelles, J'en ai retrouvé dans la Chair… L'Esprit seul, au fond des prunelles A mes sens, depuis, restait cher
Déjà la terre nostalgique Ne fêtait plus que d'autres yeux… Le soir, à l'horizon tragique, Me désabuse encor des cieux :…
Un long effeuillement de flammes, Dans le jardin du pur Été, Prédit l'effeuillement des âmes A qui leur crut l'Éternité !
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