L'auberge de mon choix m'excède D'un rétif et long contre-sens… Non qu'au rabais elle nous cède Le chapon que gave le Mans…
La table claire offre une eau fraîche A des clients de quatre sous… L'ivresse, même de Campêche, Ne les roule jamais dessous.
Ma mémoire, quel est l'artiste, — Est-ce Van Dyck, est-ce Callot ? — Qui de l'agape fantaisiste Sortait en peignant son écot ?
? —Mais foin d'une absurde ressource… Plus de festins qui soient trop verts ! Les poètes, mal vus en bourse, N'auront point à solder en vers.
Nul n'est si pauvre que Tantale Tournant au gueux dans ce pays, Doive, exilé de notre salle, Humer de loin ce paradis…
Par quelque échelle qu'on y grimpe Le rêve agile y voit les cieux Et savoure une heure d'Olympe A la table où servent les dieux.
Si Watteau changeait en bergères Les marquises à falbalas… Nos déesses, plus ménagères, Perdent leurs roses dans nos plats
Et j'épie et suis à la trace, Aux bols fumants chauffant leurs doigts Des serveuses de Samothrace Cachant des ailes… que je vois !
Et je sens, qui lutte et s'ébroue, L'impatience d'un vol d'or, Quand la table, ainsi qu'une proue, Invite à l'appui leur essor !
Et d'autres, mamans qu'improvise L'instinct de leurs cœurs avertis, Adoptent la langue indécise, Le balbutiement des petits…
Riens profonds experts à tout dire Murmures voilant leurs propos !… Sens précis d'un vague sourire, Sourdine dans la paix des mots !
Au seuil encor de la réserve, Leur voix s'enhardit pour ce chant, Et, timide en veine de verve, Le babil en devient touchant.
Ah ! que fait d'elles l'existence, De ces mamans des fils d'autrui ? Que sont-elles dans leur silence, Ces éloquentes d'aujourd'hui,
D'un excès de joie oppressées, Elles n'assistent sans dédain. Des pénombres de leurs pensées, Qu'à des fêtes dans du lointain.
Et cet effroi des clartés vives ! Pudeur qui détourne du bal Ces âmes si vraiment pensives Que l'allégresse leur sied mal.
La seule force du sourire, Le charme enlisant de leur voix Sur l'enfance étend un empire Dont le sceptre étonne leurs doigts
Et les petits se reconnaissent Dans ces humbles et grandes sœurs Sœurs très grandes, mais qui se baissent Sœurs très humbles, jusqu'à leurs cœurs !
Dérobant leur tendresse en elle Elles grondent les chers méchants ; Mais, justicières maternelles, Sont douces aux remords d'enfants.
Comme une eau bleue où vont descendre Les ombres précoces des soirs, Tels, à force de feinte tendre, Les yeux clairs se font presque noirs !…
Cookies on Poetry Cove