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1893

Brise marine

José-Maria HEREDIA

L'hiver a défleuri la lande et le courtil. Tout est mort. Sur la roche uniformément grise Où la lame sans fin de l'Atlantique brise, Le pétale fané pend au dernier pistil.

Et pourtant je ne sais quel arome subtil Exhalé de la mer jusqu'à moi par la brise, D'un effluve si tiède emplit mon cœur qu'il grise ; Ce souffle étrangement parfumé, d'où vient-il ?

Ah ! Je le reconnais. C'est de trois mille lieues Qu'il vient, de l'ouest, là-bas où les Antilles bleues Se pâment sous l'ardeur de l'astre occidental ; Et j'ai, de ce récif battu du flot kymrique,

Respiré dans le vent qu'embauma l'air natal La fleur jadis éclose au jardin d'Amérique.

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