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1893

Armor

José-Maria HEREDIA

Pour me conduire au Raz, j'avais pris à Trogor Un berger chevelu comme un ancien Évhage ; Et nous foulions, humant son arôme sauvage, L'âpre terre kymrique où croît le genêt d'or.

Le couchant rougissait et nous marchions encor, Lorsque le souffle amer me fouetta le visage ; Et l'homme, par-delà le morne paysage Étendant un long bras, me dit : Senèz Ar-Mor !

Et je vis, me dressant sur la bruyère rose, L'océan qui, splendide et monstrueux, arrose Du sel vert de ses eaux les caps de granit noir ; Et mon cœur savoura, devant l'horizon vide

Que reculait vers l'ouest l'ombre immense du soir L'ivresse de l'espace et du vent intrépide.

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