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1885

VRAIE MORT

Edmond HARAUCOURT

Oui, j’ai peur de la Mort, ô Christ, si la pensée Doit survivre à la chair quand le corps disparaît, Et si l’éternité garde encore un secret Qui fait rêver notre âme inquiète et lassée.

Honte à la Mort, s’il faut, quand notre heure est passée, Pleurer au seuil des nuits ce monde où l’on pleurait, Et heurter son front vide où sonne le regret Contre les durs ciments de la prison glacée !

— Mais toi, je t’aime, Mort, toi qui prends sans merci Corps, âme, l’homme entier, sans rien laisser ici Du pauvre Moi qui fut et qui ne veut plus être. Toi qui, n’ouvrant sur rien ton orbite béant,

Sans remords d’une vie et sans crainte d’un maître, Dors dans l’immensité paisible du Néant !

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VRAIE MORT · Edmond HARAUCOURT · Poetry Cove