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1882

SYMPHONIE

Edmond HARAUCOURT

Ton corps est une symphonie De parfums qui chantent en chœur, Et dont la troublante harmonie M'emplit d'extase et de langueur :

Ils s'envolent comme des trilles, Perlant la gamme des plaisirs Et rythmant du front aux chevilles Une sonate de désirs.

Quand ta bouche s'ouvre et se mouille On dirait que tu bois du ciel ; Et pour mes lèvres qu'elle fouille, Ta langue a le goût blond du miel.

Ta salive sent les dragées, Lorsque dans nos baisers mordants J'aspire par longues gorgées Ton âme qui vient sur tes dents.

Ta nuque a des senteurs fragrantes, Et tes lourds cheveux, sous ma main, Ont les souplesses odorantes Du chèvrefeuille et du jasmin.

Ta peau fleure l'iris et l'ambre, Dont elle imprègne les coussins, Et le mystère de ta chambre S'embaume aux chaleurs de tes seins.

Sous tes bras de Junon antique Tu couves des ferments salins Dont la tiédeur aromatique Flotte autour des duvets câlins.

Et ta corolle, demi-close Sous ton ventre de satin clair, Exhale un relent moite et rose Dont l'âcreté nage dans l'air.

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