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1885

SONNETS DE SANG

Edmond HARAUCOURT

Hommes, femmes, vieillards, enfants à la mamelle, Les frêles innocents qui pouvaient croire en Dieu, Les vierges qui rêvaient dans un calme sans vœu Et dont l’âme riait dans des yeux purs comme elle ;

Tous, les chiens, les troupeaux, en tas, noirs, pêle-mêle, Liés, mitrés, meurtris, hurlent, voués au feu : Et la flamme, alentour, court dans un brouillard bleu, Comme un loup affamé qui rôde et qui grommelle.

Le bois craque, la chair crépite, la poix bout ; Un moine brun, la crosse en main, calme et debout, Fait des signes de croix vers le bûcher qui fume. Le peuple à genoux, loin, chante en levant les bras ;

Et l’incendie, au fond des cieux roussis, allume De longs reflets de sang sur des nuages gras.

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