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1885

SONNETS DE SANG

Edmond HARAUCOURT

Morts ou mourants, et l’arme au poing, et par centaines, Saignants comme des chairs sur l’étal des bouchers, Bleus sous la nuit, le front blafard, ils sont couchés, Ceux de Philippe et ceux de Thèbes et d’Athènes.

Les enfants blonds, les vieux guerriers, les capitaines, Tous sont là : les chevaux râlent sur les archers ; La rouge fleur du crime empourpre les rochers ; Le lac berce des corps dans ses vagues lointaines.

Partout, emplissant l’air chargé d’exhalaisons, Un sanglot vibre et roule autour des horizons, Comme le bruit d’un trait qui tremble dans la cible. Et la brise des soirs joue avec les roseaux,

Et Phœbé qui sourit dans le ciel impassible Met des glacis d’argent sur l’émail bleu des eaux.

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