Skip to content
1882

SOLITUDE

Edmond HARAUCOURT

Pendant que je suis là sur mon lit, seul et nu, Tendant les mains à l'inconnu ; Cherchant dans l'ombre épaisse une forme vivante Pour l'étreindre de mes deux bras ;

Inventant tout ce que la solitude invente Pour se dédoubler dans les draps ; Pendant que le sang bout dans tes nobles artères, Sceptre rutilant de mes pères ;

Pendant que je te tiens, raidi, gonflé, tendu, Sous l'édredon que tu soulèves ; Pendant que je m'épuise à noyer ma vertu Dans l'humidité de mes rêves.

Pendant que je me tords sur mon axe viril Comme Saint Laurent sur son gril : - Ô femme ! Qui dira la foule involontaire Des pucelles qu'on fait moisir ?

Qui dira les doigts blancs dont l'effort solitaire Gratte l'écorce du plaisir ? À vous ! Je songe à vous, chastes filles du monde Que nul ne titille ou ne sonde ;

Clitoris sans amour des vierges par devoir, Muqueuses en rut, cœur en peine, C'est pour vous que j'agite et que je fais pleuvoir Ce qui vous manque et qui me gêne.

Car j'ai votre idéal, si vous avez le mien ! Venez, prenez : C'est votre bien. Vous pour moi, moi pour vous ; qu'on aime et qu'on se serre Libre échange ! Secours mutuel !

Ah venez ! Unissons notre double misère : Nos deux enfers feront un ciel. Au festin de l'amour nous ferons table rase. J'ai la liqueur et vous le vase…

Vous tendez votre coupe à mes deux échansons. Moi généreux et vous avide : Fête longue et vins chauds ! A nos santés, versons Mon trop plein dans votre trop vide !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.