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1885

SOIR D’OCTOBRE

Edmond HARAUCOURT

Les grands bois roux, au flanc des collines prochaines, Dans le souffle automnal roulent comme une mer : Et tous, les châtaigniers, les ormes et les chênes, Saisis du froid nouveau s’endorment pour l’hiver.

La brume, serpent gris ondulant sur le fleuve, Tord son méandre épais qui fuit dans les lointains ; Le soir frileux accourt dans ses voiles de veuve, Jetant sa gaze humide aux horizons éteints.

Le soleil, écroulé derrière les monts vagues Où chante avec langueur la voix des vents plaintifs, Accroche des reflets sur la pointe des vagues Dont la crête sautille et danse en bonds furtifs.

L’eau brune qui descend le long des pentes douces Claque très mollement sur le sable mouillé ; Les larmes de la nuit s’emperlent sur les mousses ; Un hibou, loin, gémit dans un saule effeuillé.

Un calme inconsolable et douloureux s’épanche Dans l’air où par zigzags vont les chauves-souris ; Pour voir poindre la lune avec sa corne blanche, Un crapaud qui pleurait sort des joncs rabougris :

Tandis qu’au plein milieu du lit qui s’enténèbre, Un noyé, raide et blanc, suit le flot chuchoteur ; Et, ses yeux sans regard levés au ciel funèbre, Silencieusement, il glisse avec lenteur.

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