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1885

ROMANCE

Edmond HARAUCOURT

— Je t’aime ; et l’on a ri d’entendre nos sanglots : Mais ainsi qu’un lotus descend sur l’eau qui coule, Je suivrai mon destin, le cœur et les yeux clos. Si tu m’aimes un peu, que m’importe la foule ?

— Je t’aime ; et j’ai perdu ton sourire et ta voix : Mais comme des parfums vers un dieu qu’on encense, J’élève mes regards aux astres que tu vois. Si tu m’aimes toujours, que m’importe l’absence ?

— Je t’aime ; et mon amour a su beaucoup souffrir : Puis, un autre viendra, vous me serez ravie, Mais j’en souffrirai tant que j’espère en mourir. Si vous ne m’aimez plus, que m’importe la vie ?

— Je t’aime ; et quand j’irai, près de ceux qui sont morts, M’endormir dans la nuit sans fin où tout retombe, Qu’on jette où l’on voudra les restes de mon corps ! Si tu n’y pleures pas, que m’importe la tombe ?

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