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1885

ROMANCE

Edmond HARAUCOURT

C’est une puissance inconnue Qui nous a perdus sous les bois : Ma main brûlait dans sa main nue Et mes doigts tremblaient dans ses doigts.

Le vent sautait de branche en branche, Soupirant des vœux sans aveux, Et pour baiser sa nuque blanche Parfois soulevait ses cheveux.

Il me les jetait comme un voile De parfums tièdes et d’ors roux ; Il gonflait sa robe de toile, Et la plaquait sur mes genoux.

Mon front roulait dans les vertiges ; Le bois chantait, profond et noir : Les fleurs, en jasant sur leurs tiges, Se bousculaient pour nous mieux voir…

Elle cueillit à son corsage Une rose qu’elle m’offrit : — « Je t’aime… — Je meurs. — Soyez sage, « On parle ! — C’est le vent qui rit.

— « Vous m’oublierez. — Tes mains sont douces ! — « Je suis bien lasse. — Je suis las… » Oh ! la complicité des mousses Et la traîtrise des lilas !

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