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1885

RÉSIPISCENCE

Edmond HARAUCOURT

Mon rêve, ô rêve, tu pleures ? C’est eux tous qui t’ont chassé. Je me souviens du passé, Des vieilles, des belles heures…

Oh ! pitié ! J’ai trop lutté Contre le moi d’un autre âge, J’ai trop porté, dans ma rage, Cet orgueil de révolté.

— J’ignore toutes les haines ; Je suis bon pour les mauvais, Et je dis que je vous hais, Moi qui peine pour vos peines.

Je dis que j'aime ma chair Quand je sais ma chair immonde ; J’insulte et nargue le monde, Et tout ce qui naît m’est cher.

Je ne suis qu’un fou mystique Épris d’un songe trop pur : Je vis seul, derrière un mur Bâti de terreur pudique.

On a tant ri de mon cœur Qu’un jour j’en ai ri moi-même… Ah ! sangloter un blasphème, Pleurer un rire moqueur !

Alors j’ai dit à ma harde De me consoler un peu : J'ai sali la femme et Dieu. — Et mon rêve me regarde !

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