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1885

MER DE GLACE

Edmond HARAUCOURT

C’est une vaste mer sans mouvement, qui dort Sous l’immensité blême et terne d’un ciel mort. Les voix folles du vent, d’un seul coup, se sont tues. Les flots polis et bleus ont l’air de leurs statues.

Un hiver indicible a congelé les flancs Des vagues qui hurlaient jadis en troupeaux blancs : Et l’océan durci par les froideurs polaires, A sculpturalement arrêté ses colères.

Un calme convulsif hérisse le glacier Qui tord ses pics et ses lames couleur d’acier. Comme les yeux d’un mort qui s’ouvrent dans la tombe, Il luit, glauque et vitreux, sous le brouillard qui tombe.

Jamais aucun soleil ne flambe sur sa paix ; Aucun souffle animant ne court dans l’air épais. C’est fini de bondir sous le fouet des orages Et de battre les rocs du débris des naufrages !

C’est fini de jeter de l’écume et du bruit, De cracher au soleil et d’alarmer la nuit ! Une torpeur funèbre emplit cette nature Que l’ancien souvenir des tempêtes torture :

Et la neige a versé sa blanche floraison Sur les crêtes dont l’angle écorche l’horizon… — Tels sont mes vers, figés dans leur gravité morne, Et qui hurlaient en moi comme une mer sans borne.

Ils hurlaient des chagrins dont j’ai pensé mourir : Mais quand je les écris j’ai fini de souffrir.

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