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1885

LES GALOUBETS

Edmond HARAUCOURT

Les pauvres galoubets qui pleurent la patrie S’en vont si tristement le long du trottoir brun ! Loin des âges rêvés, en lente théorie, J’entends mes vieux regrets cheminer un par un.

S’en vont si tristement le long du trottoir brun, Berçant leur col, sonnant leur clochette, les chèvres ! J’entends mes vieux regrets cheminer un par un, Honteux du siècle pâle et de ses vertus mièvres ;

Berçant leur col, sonnant leur clochette, les chèvres Et les chevreaux quêteurs suivent le chevrier… Honteux du siècle pâle et de ses vertus mièvres, Mon cœur sauvage et fier s’est lassé de crier.

Et les chevreaux quêteurs suivent le chevrier, Rêvant du mont, des rocs, de la lande et du gave. Mon cœur sauvage et fier s’est lassé de crier Mais je garde à mon joug une haine d’esclave.

Rêvant du mont, des rocs, de la lande et du gave, Ruminant leur tristesse, ils s’en vont, les troupeaux. Mais je garde à mon joug une haine d’esclave Du fond de cet exil sans terme et sans repos.

Ruminant leur tristesse, ils s’en vont, les troupeaux… Et j’écoute gémir dans mon âme attendrie, Du fond de cet exil sans terme et sans repos, Les pauvres galoubets qui pleurent la patrie.

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