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1885

LES FAIBLES

Edmond HARAUCOURT

Je n’ai d’amour au cœur que pour ceux qu’on torture, Les tout petits enfants de l’immense nature Qui vivent dans l’ennui, la tristesse ou l’effroi ; Ceux qui n’ont pas de nid, le soir, quand il fait froid,

Qui tremblent dans le vent et gîtent sous la neige ; Les faibles, ceux qu’on tue et que nul ne protège Et dont le bon soleil lui-même est ennemi ; Qui n’ont que la douceur d’avoir un peu dormi

Lorsqu’il faut s’éveiller encor pour vivre, et vivre… Aussi, lorsque l’hiver met des robes de givre Sur les troncs d’arbres noirs et les brins d’herbe roux, Je rêve d’être un dieu paternel, grave et doux,

Qui pourrait, en faisant refleurir les pervenches, Être aimé des oiseaux qui glissent sous les branches.

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