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1885

LE VASE

Edmond HARAUCOURT

Superbe et pur, le Monde est un vase d’argent Où l’art a ciselé des formes long vêtues Qui dansent deux à deux sur un rythme changeant. Les aèdes, autour des antiques statues,

Chantent en vers pieux la gloire des guerriers, Et font sauter le plectre aux cordes des tortues. Les vierges aux bras fins glissent sous les mûriers, Et, remplissant de fleurs le treillis d’or des cistes,

Mêlent le myrte pâle aux roses des lauriers. Les éphèbes, debout près des fûts ronds des xystes, S’écartent pour livrer passage aux vieillards lents, Qui s’en vont, les pieds lourds, le front bas, les yeux tristes.

Sous l’autel de Vénus, les femmes aux beaux flancs S’arrêtent, présentant les couples de colombes Qui palpitent, frileux, dans le nid des seins blancs. Les prêtres vénérés parent les hécatombes,

Tandis que, prosternant au loin leurs chers regrets, Les veuves en longs deuils pleurent au bord des tombes. Des groupes enlacés montent vers les forêts : Les lèvres des amants ont des rires d’extase

Qui font fuir l’albe lune au fond des cieux discrets. — Mais le cœur ténébreux de l’urne est plein de vase, Et par-dessus le pampre et les volubilis Qui rampent sveltement sur les marges du vase,

Le Mensonge fleurit, calme et blanc, comme un lis.

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