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1885

LE BOUCLIER

Edmond HARAUCOURT

Le ventre de la femme est comme un bouclier Taillé dans un métal lumineux et sans tache, Dont la blancheur se bombe et descend se plier Vers l’ombre où sa pointe se cache.

Depuis l’angle d’or brun jusqu’au pied des seins nus, Il s’étale, voûtant sa courbe grasse et pleine ; Et l’arc majestueux de ses rebords charnus Glisse dans les sillons de l’aine.

Tandis que, ciselé sur l’écusson mouvant Où s’abritent la source et les germes du monde, Le nombril resplendit comme un soleil vivant, Un vivant soleil de chair blonde !

— Magique Bouclier dont j’ai couvert mon cœur ! Égide de Vénus, ô Gorgone d’ivoire Dont la splendeur joyeuse éblouit ma rancœur Et rayonne dans ma nuit noire !

Méduse qui fais fuir de mon cœur attristé Le dragon de l’Ennui dont rien ne me délivre ; Arme de patience avec qui j’ai lutté Contre tous les dégoûts de vivre !

Je t’aime d’un amour fanatique et navrant ; Car mes seuls vrais oublis sont nés dans tes luxures, Et j’ai dormi sur toi comme un soldat mourant Qui ne compte plus ses blessures.

C’est pourquoi ma douleur t’a dressé des autels Dans les temples déserts de mon âme embrunie : Et j’y viens adorer les charmes immortels De ta consolante harmonie.

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