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1882

LE BOUCLIER

Edmond HARAUCOURT

— Magique Bouclier dont j'ai couvert mes reins ! Égide de Vénus, ô Gorgone d'ivoire Dont la splendeur joyeuse éblouit mes chagrins Et rayonne dans ma nuit noire !

Méduse qui fait fuir de mon cœur attristé Le dragon de l'Ennui dont rien ne me délivre ; Arme de patience avec qui j'ai lutté Contre tous les dégoûts de vivre !

Je t'aime d'un amour fanatique et navrant : Car mes seuls vrais oublis sont nés dans tes luxures, Et j'ai dormi sur toi comme un soldat mourant Qui ne compte plus ses blessures.

C'est pourquoi ma douleur t'a dressé des autels Dans les temples obscurs de mon âme embrunie, Et j'y viens adorer les charmes immortels De ta consolante harmonie !

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