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1882

LE BAPTÊME

Edmond HARAUCOURT

En ce temps-là, Jésus Christus, fils de Marie, Était mort au Calvaire entre les deux larrons Philippus s’en allait de par la Samarie, Confessant tous les cœurs et lavant tous les fronts.

Or, une vierge vint du pays de Candace, Corps sans tache, âme blanche et sans soupçon du mal ; Le front auréolé de candeur et d’audace, Elle entra toute nue au fleuve baptismal.

Le baptême ruisselle et suit les pentes douces : Une goutte a tremblé, rose, au bord des seins blancs ; Une autre : elle a tremblé ; d’autres... Et par secousses, L’eau qui tremblait descend vers la chaleur des flancs.

Le torrent tiédi court dans les formes marbrées Son méandre lascif se tord au pli des reins, Roule, coule, et perdu dans les sentes ambrées, Glisse, tombe, lent de regrets, lent de chagrins.

Amour, rage des sens ! Amour, baume de l’âme ! C’est toi qui nous fais dieux, fils terrestre du ciel. Amour ! C’est toi qui fais que la vierge se pâme, Qu’elle comprend la vie et bénit l’Éternel !

C’est toi le vrai Sauveur et toi le vrai Messie. Arbre de la science, Amour et voluptés, C’est vous que promettait l’antique prophétie, Seul don de Jéhovah à ses déshérités !

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