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1885

LA SIRÈNE

Edmond HARAUCOURT

L’escale du bonheur fut courte : elle est passée ; Naufragé de l’amour, je roulerais cent ans, Crispé, vivante épave, à mes regrets flottants, Sans voir d’île, où finir ma navrante odyssée.

Ô Mort, Sirène Mort ! Chante dans ma pensée ! Je t’aime ! Si j’osais sombrer avant le temps ! Tu sais que je suis tien, je sais que tu m’attends : Si j’osais t’épouser ce soir, ma fiancée !

Tu m’emporterais nu dans tes bras : tendrement, Tu laverais d’oubli le cœur de ton amant ; Ce malheur qui fut moi rentrerait dans l’abîme. Et tout serait fini pour toujours, bien fini ;

Et je pourrais dormir sans remords, impuni, Dans mon premier amour et dans mon premier crime.

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