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1885

LA SAGESSE DE L’EUNUQUE

Edmond HARAUCOURT

« Certes, dans les parfums et l’ombre du sérail, J’ai vu des corps choisis pour le baiser des princes : Flots de satin vivant, fleurs d’ambre et de corail, Moisson d’amour fauchée au lointain des provinces.

J’ai vu l’Indoue aux seins bronzés par l’air du ciel, La Juive aux larges yeux, la Mauresque aux reins souples, Et la vierge du Nord blonde comme le miel, Et les filles d’Hellas qui s’endorment par couples.

Mon oreille a connu le bruit de leurs sanglots, Et j’ai vu se mouiller leurs bouches purpurines Et mourir leurs regards sous les cils demi-clos, Lorsque le vent du rut secouait leurs poitrines.

Moi, le sage aux yeux froids, l’affranchi de la chair, Berger de ce troupeau que les hontes tourmentent, Je sais par quel prestige Allah nous le rend cher Et j’ai lu le secret de ses beautés qui mentent.

Femme ! C’est pour un but que tes flancs sont pétris : Allah t’a faite utile, Allah te veut féconde, Mais il a refusé la splendeur des houris À ton sein déformé par le berceau du monde.

Ton corps est laid, sans force, impur, lent au plaisir : Mais jusqu’à l’heure auguste où l’œuvre se consomme, Le mâle ne te voit qu’à travers son désir : La beauté de la Femme est dans les nerfs de l’Homme !

Parce que la loi sainte a dit : « Reproduisez, » Ton seigneur croit t’aimer et tu crois être aimée ; Mais c’est le vœu d’en haut qui vous jette aux baisers, Et ta beauté finit quand la chair s’est pâmée.

Qu’importe ? Ouvre en riant tes lèvres et tes bras : Femme, ce n’est pas toi, c’est Dieu qui les appelle. Tant que vivront les fils des fils, tu resteras Par l’éternel désir éternellement belle ! »

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