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1885

L’ORAGE

Edmond HARAUCOURT

Oh ! regarde donc les arbres affolés ! On dirait qu’ils sont pris de vertiges : Les voilà plus souples que des blés Dont la grêle d’août vient flageller les tiges.

Le soleil, mourant au bord des cieux couverts, Crache encore un flot de lueur rousse Dont il baigne et teinte le revers Des feuilles d’or vert que l’orage retrousse.

Les hauts peupliers, fourbus, ployés en deux, Balayant la terre avec leur crête, Vont tracer des cercles autour d’eux Comme des sorciers par un soir de tempête.

Le lierre, arraché des murs, fouette l’air lourd Qu’il emplit d’un sifflement sinistre, Tourne, monte, ondule, va, vient, court, Comme un serpent fou qui danse au son du sistre.

Les chênes trapus assomment les lilas ; Le rosier qui saigne ses pétales S’abandonne, indiciblement las, Sous le choc hurlant des rafales brutales.

Pendant quatre nuits et quatre jours entiers, Secoués dans un fougueux désordre, Bataillant au-dessus des sentiers, Ils n’ont pas cessé de geindre et de se tordre.

Ils tendent leurs bras pour supplier les vents, Leur bras gourds rompus dans la torture… — Est-il vrai qu’ils ne soient pas vivants ? Est-ce que tout souffre, ô ma mère, ô Nature ?

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