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1882

L'OBSESSION

Edmond HARAUCOURT

Ô vase de volupté, Je t'aime, Femme, Beauté ! Je suis un Faune hanté Par la luxure :

Brute vouée au plaisir, Chair condamnée à gésir Sous la meule du désir Qui me pressure.

Un rut fou tient mon destin : Mais j'adore le festin Que du soir jusqu'au matin Mon sang arrose ;

Je suis le joyeux martyr Qui se grise de sentir Sa chair vive s'engloutir Sous la dent rose.

Chaque femme, je la veux ! Des talons jusqu'aux cheveux J'emprisonne dans mes vœux Les inconnues :

Sous leurs jupons empesés Mes rêves inapaisés Glissent de sournois baisers Vers leurs peaux nues.

Je déshabille leurs seins : Mes caresses, par essaims, S'abattent sur les coussins De leurs poitrines ;

Je me vautre sur leurs flancs, Ivre des parfums troublants Qui montent des ventres blancs À mes narines.

Vous aussi. Nymphes, splendeurs Que pour mes fauves ardeurs L'art du pinceau sans pudeurs A dévêtues :

Vos formes, obstinément, Me tirent comme un aimant ; J'ai de longs regards d'amant Pour les statues.

Doux, je promène ma main Aux rondeurs du marbre humain, Et j'y cherche le chemin Où vont mes lèvres.

Ma langue en fouille les plis ; Et sur les torses polis, Buvant les divins oublis, J'endors mes fièvres.

— Ainsi, toujours tourmenté Par des soifs de volupté, J'emplis de lubricité Mes vers eux-mêmes ;

Et quand mes nerfs sont lassés, Quand ma bête crie : assez, J'onanise mes pensers Dans mes poèmes !

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