Madame la Lune, en robe gris pâle, Dans les velours bleus et les satins verts De ses grands salons à plafonds d’opale Reçoit les rimeurs de vers.
Et roulant son front nimbé de topaze Parmi les coussins de nuages flous, Elle écoute avec une feinte extase Chanter son peuple de fous.
Nos regrets, nos vœux, nos bonheurs, nos peines, Elle connaît tout depuis dix mille ans ; Elle a des regards qui calment les haines Et qui font des baisers blancs.
Pour guérir nos cœurs des tourments que sème Le sourire froid des femmes ses sœurs, Elle orne gaîment son sourire blême De caressantes douceurs.
Elle sait le nom des pays du rêve, Mondes idéals que l’amour bénit, Chers Édens vers qui notre espoir s’enlève Comme un oiseau vers son nid…
Puis, lorsque s’éteint le lustre d’étoiles Qui crépite au loin dans le clair obscur, Lente, elle s’en va dégrafer ses voiles Sous les courtines d’azur.
On croit qu’elle dort, lasse et solitaire, Mais son char de nacre aux luisants essieux L’emporte en fuyant autour de la terre ; Et déjà sous d’autres cieux,
Madame la Lune, en robe gris pâle, Dans les velours bleus et les satins verts De ses grands salons à plafonds d’opale Reçoit les rimeurs de vers.
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