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1882

BALLADE DES PUCELAIGES MORTS

Edmond HARAUCOURT

Souvent ce vueil s’esveigle en ma pensée De cognoistre où dévalent et comment, Après le heurt de la prime poussée, Les beaux hymens morts par esclatement.

Sont-ils eslus ou damnés malement ? Quel aultre monde assemble leurs collèges ? Le Ciel o luz ou l’Enfer o torment ? Mais qui Dieu sçait où sont les pucelaiges ?

Desfait ès-draps ou sus herbe froissée, Soubs lambrys d’or ou chaulme de caymant ; De royne, nonne, ou ruste mal facée ; Estroit ou lé, Lorrain, Bret ou Flamand :

Trestous, occis par l’espoux ou l’amant, De mesme mort meurent sans privilèges, U n soir de ruyt escachés follement… Mais qui Dieu sçait où sont les pucelaiges ?

Las ! Chaque dame, ains que d’estre perçée, Avoyt le sien et l’amoyt tendrement. Qu’en remaint-il quand la feste est passée ? Regret sans fin pour soulas d’un moment !

Car l’aage vient, qu’en vain le cueur dément. D’un peu d’amour seuls ses detz lui sont pleiges : Masle n’y voult planter son ornement. Mais qui Dieu sçait où sont les pucelaiges ?

Prince des caz, Cupidon, Dieu charmant, Quantz en foras par traicts ou sortilèges ? Onc n’en prins un, dont je geins lubrement Mais qui Dieu sçait où sont les pucelaiges ?

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