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1885

AVRIL

Edmond HARAUCOURT

Là-bas, seule, elle lit, sous le chagrin des saules Qui versent leur fraîcheur humide à ses épaules : Sa jupe rose luit sur le fond des bois verts, Et les jeunes gazons grimpent vers sa cheville,

Tandis qu’un ruisseau court, invisible, et babille Sous le vol strident des piverts. Les vieux chênes massifs aux troncs marbrés d’usnée, Les fins bouleaux, dressant leur maigreur satinée,

Les lilas, ondulant sous les grappes de fleurs, Tous se lancent des cris et des oiseaux, dans l’ombre, Qui vont, ici, là, vifs, multipliant leur nombre, Comme les boules des jongleurs.

Le soleil, se filtrant dans les feuilles criblées, Fait trembler des ronds d’or au sable des allées. Elle lit : et le livre, avec ses blancs feuillets Ouverts sur les genoux où la main se repose,

Semble un grand papillon qui bat sur une rose Dans une corbeille d’œillets.

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