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1885

ARCHIPEL

Edmond HARAUCOURT

Dans la clarté diffuse et blonde, une buée Palpite encor sur l’onde à peine remuée : La mer blonde s’étale et monte aux horizons : Un calme virginal endort la baie immense,

Et l’air ne sait où l’eau finit, où l’eau commence, Tant les eaux et les airs unissent leurs frissons. Le ciel court sur la mer, se déroule, s’allonge, Continuant la mer qui tremble et qui se plonge

Dans les frémissements du ciel ; et l’on dirait, Vibrant à l’infini sous la brise qui passe, Un drapeau de rayons déployé dans l’espace, Sur les lances de feu du matin qui paraît.

Puis, suspendu dans les glissantes perspectives, Entre les brumes d’or et les vagues natives L’archipel, étageant ses rocs et ses îlots, Fuit, large ; et jusqu’au loin, les fins rubans des dunes

Se pressent comme un vol d’aigles aux ailes brunes Qui planent lourdement sur le sommeil des flots.

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