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1885

À DIEU

Edmond HARAUCOURT

Ô Dieu, Juge infaillible et Sagesse suprême, S’il est vrai que tu sois, toi que j’ai blasphémé ; S’il est vrai que je doive un jour, nu, désarmé, Au pied de ta justice abattre mon front blême :

Tu me pardonneras mes cris et mon blasphème, Car j’en suis innocent et je t’aurais aimé ; Le crime est au destin ; ses coups m’ont déformé : La douleur veut qu’on doute et ne veut pas qu’on aime.

Tu sais, et tu sais seul, quel désespoir secret, S’acharnant sur ce cœur maudit, le dévorait ; Seul, tu connais combien la plaie était profonde. J’ai tu mon mal à ceux dont l’âme en eût souffert,

Et stoïque damné qui souriais au monde, J’ai fait rire mes pleurs et chanter mon enfer !

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