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1895

XVII

Charles GUÉRIN

Charme indéfinissable et fin, le soir d'été Se glisse, souffles, fleurs et voix, par les fenêtres. Comme sa paix se pose en baume sur les lèvres ! Comme son calme apprend aux âmes la bonté !

Il est profond, il est limpide, son azur Enseigne que, miroir du ciel, le coeur soit pur ; Il est le visiteur invisible qui passe, Se penche, et dont les doigts de douceur entrelacent,

Comme aux roses des murs ils mêlent les glycines, Notre sourire humain à nos douleurs divines. Il parle ; il nous remplit de tendresses confuses, Pour rien, pour la chanson d'un pauvre qui s'éloigne,

Ou pour une fumée au ciel, pour une voile Sur la mer. Le soir seul est notre hôte, on refuse D'ouvrir aux passions qui frappent à la porte ; L'âme qui laisse au loin s'affaiblir leurs voix fortes

Répand un chaste éclat d'étoile solitaire, Mais devant la muette ivresse de la terre, Devant le Dieu caché qui déborde la vie, On pleure, on s'agenouille, on joint les mains, on prie.

Souffles, voix… on croyait écouter Dieu qui parle, Quand le seul vieil instinct charnel, hélas ! Chuchote. Le soir est plein de bras ouverts, de lèvres chaudes, D'yeux trop grands qu'on voudrait fermer avec des larmes.

Des murmures venus du fond de l'ombre appellent… Le jardin défaillant cède à l'universelle Volupté qui ravit les sphères dans leurs orbes. La brise en effeuillant des roses fuit, agite

La treille ; l'air bleuit, les rossignols accordent Le fébrile cristal de leurs flûtes magiques ; L'herbe ondule au vent, l'eau bruit, et de la cime Aux branches basses, l'arbre éperdu balbutie

Des mots que le désir secret de l'homme achève. L'heure est comme une vierge avant les noces ; puis La dernière clarté remonte au ciel : la nuit Frissonnante descend sur le jardin qui rêve ;

Elle se pose, endort l'herbe ; l'arbre s'apaise ; Et désormais, parmi l'immobile feuillage, Le coeur ivre et gonflé reste seul inquiet. Hélas ! Aimer, aimer encore, aimer toujours…

On lutte à peine, et sur l'appel de la chair lâche, Sincèrement, comme on pleurait, comme on priait, On reprend la chanson impure de l'amour. Fièvre du sang qui va créer, mélancolie

De l'âme qui se sent mortelle et se délie Et se fond dans un lourd sanglot de volupté ! Vers l'immense tristesse et l'immense bonté, Vers la femme, fruit d'or où brûle tout l'été,

On tend ses mains enfin plus simplement humaines, Et la nuit bienheureuse alors, paisible et pâle, Emportant la terrestre idylle sous son aile, Autour de ses tremblants enclos d'étoiles mène

Le choeur mystérieux des heures nuptiales. Charme indéfinissable et fin, le soir d'été Se glisse, souffles, fleurs et voix, par les fenêtres. Comme sa paix se pose en baume sur les lèvres !

Comme son calme apprend aux âmes la bonté ! Il est profond, il est limpide, son azur Enseigne que, miroir du ciel, le coeur soit pur ; Il est le visiteur invisible qui passe,

Se penche, et dont les doigts de douceur entrelacent, Comme aux roses des murs ils mêlent les glycines, Notre sourire humain à nos douleurs divines. Il parle ; il nous remplit de tendresses confuses,

Pour rien, pour la chanson d'un pauvre qui s'éloigne, Ou pour une fumée au ciel, pour une voile Sur la mer. Le soir seul est notre hôte, on refuse D'ouvrir aux passions qui frappent à la porte ;

L'âme qui laisse au loin s'affaiblir leurs voix fortes Répand un chaste éclat d'étoile solitaire, Mais devant la muette ivresse de la terre, Devant le Dieu caché qui déborde la vie,

On pleure, on s'agenouille, on joint les mains, on prie. Souffles, voix… on croyait écouter Dieu qui parle, Quand le seul vieil instinct charnel, hélas ! Chuchote. Le soir est plein de bras ouverts, de lèvres chaudes,

D'yeux trop grands qu'on voudrait fermer avec des larmes. Des murmures venus du fond de l'ombre appellent… Le jardin défaillant cède à l'universelle Volupté qui ravit les sphères dans leurs orbes.

La brise en effeuillant des roses fuit, agite La treille ; l'air bleuit, les rossignols accordent Le fébrile cristal de leurs flûtes magiques ; L'herbe ondule au vent, l'eau bruit, et de la cime

Aux branches basses, l'arbre éperdu balbutie Des mots que le désir secret de l'homme achève. L'heure est comme une vierge avant les noces ; puis La dernière clarté remonte au ciel : la nuit

Frissonnante descend sur le jardin qui rêve ; Elle se pose, endort l'herbe ; l'arbre s'apaise ; Et désormais, parmi l'immobile feuillage, Le coeur ivre et gonflé reste seul inquiet.

Hélas ! Aimer, aimer encore, aimer toujours… On lutte à peine, et sur l'appel de la chair lâche, Sincèrement, comme on pleurait, comme on priait, On reprend la chanson impure de l'amour.

Fièvre du sang qui va créer, mélancolie De l'âme qui se sent mortelle et se délie Et se fond dans un lourd sanglot de volupté ! Vers l'immense tristesse et l'immense bonté,

Vers la femme, fruit d'or où brûle tout l'été, On tend ses mains enfin plus simplement humaines, Et la nuit bienheureuse alors, paisible et pâle, Emportant la terrestre idylle sous son aile,

Autour de ses tremblants enclos d'étoiles mène Le choeur mystérieux des heures nuptiales.

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