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1895

XV

Charles GUÉRIN

Vieilles femmes des champs, vos âmes sont plus simples Que la brebis qui bêle et l'angelus qui tinte, Et vos yeux, ignorants du rêve, sont naïfs Comme le bleu passé des faïences anciennes.

L'automne est là qui fait les vieilles gens pensifs. Votre bras tremble à puiser l'eau quotidienne, Et la source qui fuit et murmure à vos pieds Confond votre visage avec les feuilles mortes.

La vierge tend ses fils de la vigne aux rosiers. La lumière du jour est pâle sur les portes. C'est l'automne, le soir, et vous êtes assises, En oraison pour vos défunts, contre l'église.

L'enclos silencieux sent la mort ; des colombes Y viennent becqueter la terre autour des tombes, Et le vent sur le mur effeuille encor des roses. Là, marqués pour la vie éternelle, reposent

Les moissonneurs dorés qui jadis vous aimaient Dans l'ombre violette et chaude autour des meules. Quand vos époux, chargés du parfum de la glèbe, Entre leurs bras vous renversaient, faibles aïeules,

Dans les miroirs déjà troubles de vos prunelles La campagne, le ciel et le soleil tournaient ; Puis l'amour vous fermait les yeux comme un sommeil. Et vous voici, ce soir d'automne, dans le vieil

Enclos à réciter lentement le rosaire Pour les bons laboureurs qui dorment dans la terre. Le soleil, d'un sinistre et long rayon sans feu, Fait briller vos doigts secs et vos bagues d'épouses ;

Il sombre. Le couchant s'obscurcit peu à peu. Le vent nocturne, plein de soupirs inconnus, Entre les tertres noirs lustre l'herbe qui bouge, Et la fraîcheur scintille au front des croix de pierre.

À l'occident demeure une pâle lumière. Il est tard ; tout se tait. La nuit au large flux Couvre d'un sable d'or les plages du ciel bleu. Les aïeules vers leurs foyers vont et se traînent ;

Et cependant, plus haut que la ténèbre humaine, Leur âme lasse aspire à l'aurore suprême Qui bientôt les fondra dans le soleil de Dieu. Vieilles femmes des champs, vos âmes sont plus simples

Que la brebis qui bêle et l'angelus qui tinte, Et vos yeux, ignorants du rêve, sont naïfs Comme le bleu passé des faïences anciennes. L'automne est là qui fait les vieilles gens pensifs.

Votre bras tremble à puiser l'eau quotidienne, Et la source qui fuit et murmure à vos pieds Confond votre visage avec les feuilles mortes. La vierge tend ses fils de la vigne aux rosiers.

La lumière du jour est pâle sur les portes. C'est l'automne, le soir, et vous êtes assises, En oraison pour vos défunts, contre l'église. L'enclos silencieux sent la mort ; des colombes

Y viennent becqueter la terre autour des tombes, Et le vent sur le mur effeuille encor des roses. Là, marqués pour la vie éternelle, reposent Les moissonneurs dorés qui jadis vous aimaient

Dans l'ombre violette et chaude autour des meules. Quand vos époux, chargés du parfum de la glèbe, Entre leurs bras vous renversaient, faibles aïeules, Dans les miroirs déjà troubles de vos prunelles

La campagne, le ciel et le soleil tournaient ; Puis l'amour vous fermait les yeux comme un sommeil. Et vous voici, ce soir d'automne, dans le vieil Enclos à réciter lentement le rosaire

Pour les bons laboureurs qui dorment dans la terre. Le soleil, d'un sinistre et long rayon sans feu, Fait briller vos doigts secs et vos bagues d'épouses ; Il sombre. Le couchant s'obscurcit peu à peu.

Le vent nocturne, plein de soupirs inconnus, Entre les tertres noirs lustre l'herbe qui bouge, Et la fraîcheur scintille au front des croix de pierre. À l'occident demeure une pâle lumière.

Il est tard ; tout se tait. La nuit au large flux Couvre d'un sable d'or les plages du ciel bleu. Les aïeules vers leurs foyers vont et se traînent ; Et cependant, plus haut que la ténèbre humaine,

Leur âme lasse aspire à l'aurore suprême Qui bientôt les fondra dans le soleil de Dieu.

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