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1895

II

Charles GUÉRIN

Souffrir infiniment, souffrir, souffrir assez Pour que le soc tranchant et fort de la douleur Ouvre à fond ce coteau de vigne desséché Et qu'au prochain automne on vendange mon coeur !

Souffrir ? Je ne sais plus souffrir, j'ai trop pensé ; Et j'envie en mon dur sépulcre intérieur, Ô lamentable Dieu des croix, ton front penché Où des filets de sang versent de la fraîcheur.

J'implore un coup de lance au flanc, j'ai soif de fiel. Qu'une femme, implacable entre toutes les femmes, Me tende sa chair froide et sa bouche où je puisse Me blesser d'un atroce amour ! L'étoile au ciel

Palpite d'un éclat plus vif après la pluie, Et notre âme renaît plus claire dans les larmes. Souffrir infiniment, souffrir, souffrir assez Pour que le soc tranchant et fort de la douleur

Ouvre à fond ce coteau de vigne desséché Et qu'au prochain automne on vendange mon coeur ! Souffrir ? Je ne sais plus souffrir, j'ai trop pensé ; Et j'envie en mon dur sépulcre intérieur,

Ô lamentable Dieu des croix, ton front penché Où des filets de sang versent de la fraîcheur. J'implore un coup de lance au flanc, j'ai soif de fiel. Qu'une femme, implacable entre toutes les femmes,

Me tende sa chair froide et sa bouche où je puisse Me blesser d'un atroce amour ! L'étoile au ciel Palpite d'un éclat plus vif après la pluie, Et notre âme renaît plus claire dans les larmes.

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