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1872

SEXTINE I.

Ferdinand GRAMONT

On vous a donc bannis, hôtes du clair de lune, On ne veut plus de vous, impalpables Esprits, Elves, Sylphes, Follets, qui, sur la blanche dune Ou les ronds de gazon, dansiez à l'heure brune,

Vous qui des vieux châteaux protégiez les débris Et des grands bois profonds enchantiez les abris ! Désormais c'en est fait, vides tous ces abris ! Vainement les manoirs s'argentent sous la lune,

On n'y reverra point, explorant leurs débris, Luire Titania, la reine des Esprits ; Ni de son cor d'ivoire Obéron à la brune N'ira plus éveiller les échos de la dune.

Que la tempête encor vienne assaillir la dune, Ariel laissera sans magiques abris Les naufragés errant sous la rafale brune. Folâtres chevaucheurs des rayons de la lune,

Puck, Trilby, gracieux ou fantasques Esprits, La science a réduit votre monde en débris. Nous en avons du moins recueilli les débris. Dans la lande ou parmi les rochers de la dune,

Enfants, la fleur qui chante occupa nos esprits. Nous avons, sur le lac ombré de verts abris. Vu l'oiseau bleu passer, et la robe de lune D'Urgèle diaprer au soir la salle brune.

On dit : « Il faut laisser dans leur poussière brune Tous ces contes dormir avec d'autres débris. Les chiens seuls aujourd'hui vont rêver à la lune. Plus de naufrage ! un phare éclaire chaque dune,

Et partout, en payant, on trouve des abris Mieux fournis que n'étaient les grottes des Esprits. » Oui, c'est à croire, mais qu'y faire ? nos esprits Ont le rêve en plein jour comme dans la nuit brune.

Le mystère les charme. Aux plus riants abris Ils préfèrent ainsi l'ombre des vieux débris Et les creux des forêts et les plis de la dune Que d'apparitions peuple la blanche lune.

Mais que la lune même exile les' Esprits De la dune et des bois, leur troupe pâle ou brune En nous, débris aussi, trouve encor des abris.

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